
Si l’industrie pharmaceutique traditionnelle connaît des difficultés en Europe, Israël semble pour sa part avoir réussi ces dernières années à développer des entreprises économiquement viables soit en se tournant vers les génériques soit en développant des innovations tous azimuts.
C’est ce même esprit d’innovation que les professionnels essaient maintenant de tourner vers les biotechnologies pour mettre au point des thérapeutiques d’avant-garde à l’avenir prometteur.
L’ensemble de ces technologies consacrées à la santé bénéficie du support remarquable de la recherche fondamentale israélienne qui tout en préparant les médicaments de demain étudie aussi les aspects les plus essentiels des Sciences de la Vie. Les prix Nobel qui ont récompensé en 2004 les Professeurs Ciechanover et Hershko du Technion prouvent l’intérêt majeur de leurs découvertes.
Du leader mondial dans les « génériques » à la pilule-accordéon.
L’industrie pharmaceutique « classique » a connu ces dix dernières années un développement remarquable en Israël.
Teva Pharmaceutical Industries, la société phare du secteur créée en 1901, était jusqu’en juillet dernier une entreprise de plus de 13.000 employés avec une capitalisation boursière de plus de 20 milliards de dollars. C’était là déjà des chiffres impressionnants. Or voilà que le 25 juillet elle a lancé la plus grosse acquisition jamais réalisée par une société israélienne à l’étranger. En achetant son concurrent américain Ivax, Teva entend redevenir le numéro 1 mondial des médicaments génériques et espère réaliser dès cette année un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars avec un effectif de 25.000 personnes. La société compte ainsi jouer un rôle de tout premier plan sur un marché mondial estimé entre 60 et 100 milliards de dollars sur lequel elle sera en compétition avec le groupe suisse Novartis et surtout avec des producteurs asiatiques.
A côté de ce géant, plus de 60 entreprises sont actives en Israël dans le même secteur. Parmi elles 23 entreprises comme Agis, Taro, Dexcel Pharma sont matures et produisent les revenus les plus importants. Les autres sociétés dont plusieurs n’ont pas plus de 10 employés s’essaient dans la synthèse de substances actives et de vaccins ou la mise au point de systèmes avancés d’administration des médicaments comme la minuscule pompe-seringue pour l’insémination intra-utérine de Fertiligent.
Le développement de remèdes à base de substances naturelles comme par exemple l’antioxydant « astaxanthine » d’Algaetechnologies Ltd ou les kits de diagnostic médicaux complètent le tableau d’un secteur industriel qui a connu de 1994 à 2000 une croissance annuelle significative de 24% et dont 81% des entreprises ont été fondées depuis moins de 10 ans.
On ne saurait clore ce paragraphe sans évoquer Intec Pharma, la start-up installée à Jérusalem qui a développé la capsule « accordéon » de taille normale et qui permet une fois ingérée d’administrer jusqu’à 5 médicaments dans des conditions de commodité et surtout d’efficacité notablement améliorées.
Thérapeutiques biotechnologiques révolutionnaires.
Par rapport au marché mondial des biotechnologies, estimé à une valeur de 35 à 50 milliards de dollars, le chiffre d’affaires de l’industrie israélienne qui s’élève à 2,5% de ce total peut paraître réduit. Israël se situe cependant parmi les douze premiers acteurs mondiaux aux côtés des USA, du Canada, de l’Australie, de l’Allemagne, de la France et de quelques autres pays européens. Ses 200 entreprises de biotechnologies sont engagées dans une large gamme d’activités allant de l’ingénierie génétique à la bio-informatique, du développement des substances thérapeutiques aux produits expérimentaux basés sur les cellules souches.
Historiquement le premier domaine des thérapies géniques a été celui de l’ADN recombinant c’est-à-dire des protéines directement utilisées comme médicaments. C’est Biotechnology General qui a développé, fabriqué et mis sur le marché la Bio-Tropine, une hormone de croissance. Toujours dans le même cadre, Interpharm Laboratories, lié à la firme suisse Serono, a mis au point un traitement biotechnologique de la sclérose multiple, le « Rebif », dont le succès lui a permis de prendre rang parmi les exportateurs majeurs d’Israël.
La «Copaxone», dédiée au même traitement mais active cette fois par immunomodulation, est le produit concurrent du « Rebif » élaboré chez Teva à partir de recherches effectuées à l’Institut Weizmann.
Les thérapeutiques biotechnologiques de troisième génération font maintenant appel aux cellules souches qui représentent un enjeu scientifique majeur par leur utilisation pour de nouvelles thérapies. Israël est l’un des pays les plus avancés dans ce domaine grâce à sa recherche, ses réalisations et aussi les entreprises qui se tournent vers ce domaine prometteur. Citons parmi plusieurs autres quelques réalisations remarquables :
- L’entreprise de référence du secteur est Gamida Cell Ltd, fondée en 1998, qui travaille sur des traitements dérivés de cellules souches pour un large éventail de pathologies allant des cancers aux maladies auto-immunes, des problèmes cardiaques aux dérèglements hépatiques ou pancréatiques. Stem Ex®, le traitement révolutionnaire de la leucémie mis au point par Gamida, est le premier produit commercial dérivé de cellules souches à avoir été mis sur le marché.
- Pluristem qui a travaillé avec le Technion et l’Institut Weizmann et Tissera Israël filiale d’une entreprise américaine proposent des alternatives révolutionnaires aux greffes de reins consistant à transplanter des tissus embryonnaires pouvant évoluer vers l’organe désiré.
- Quant à la filiale locale de la société canadienne Brainstorm Cell Therapeutics Inc, elle met au point une nouvelle thérapie dérivée de cellules souches adultes pour produire de la dopamine chez des patients parkinsoniens.
Ainsi dans un champ d’activités particulièrement innovant et prometteur, Israël semble bien placé pour participer à la mise au point de nouvelles spécialités permettant de soigner les patients par des greffes produisant une régénération prometteuse à des organes ou des tissus malades. Et d’ores et déjà la recherche universitaire étroitement liée aux entreprises innovantes comme dans les « clusters » américains (réseaux d’échange mettant en partenariat chercheurs, entrepreneurs, banquiers, élus locaux) annonce de remarquables progrès prouvant le talent imaginatif de ses chercheurs en attendant d’assurer un succès commercial prometteur aux produits développés.
La Recherche : de la lutte contre les grands fléaux aux Prix Nobel.
Le Sida, la maladie d’Alzheimer et le cancer peuvent être considérés comme les trois grands fléaux de notre époque contre lesquels sont mobilisés de très nombreux chercheurs de par le monde et parmi eux les chercheurs israéliens.
Partant des intuitions du Professeur Henri Atlan qui, il y a déjà dix ans, pensait à un vaccin anti-sida, le Dr Aboulafia-Lapid et son équipe de la Hadassa et de l’Institut Weizmann ont développé un vaccin expérimental lequel, administré à 13 patients, serait apparu comme non-toxique pour eux et aurait permis un doublement du nombre de leurs globules blancs T-CD4.
Pour la maladie d’Alzheimer une étude réalisée par les chercheurs de l’Université Hébraïque sous la direction du Professeur Raz Yirmiya a permis de découvrir un nouveau processus anti-inflammatoire pouvant conduire à des médicaments contribuant à la lutte contre cette maladie. Bien que dans un stade préliminaire, cette étude a fait l’objet en avril dernier d’une publication remarquée dans le magazine américain « Annals of Neurology ».
Le cancer enfin est l’objet de nombreuses études dont plusieurs font appel à des produits naturels :- une étude du centre anticancéreux de l’Institut médical de Tel-Aviv estime que l’épice jaune curcuma pourrait minimiser les risques de cancer du gros intestin, de la prostate et du pancréas,
- les travaux du Professeur Yoav Sharoni de Beer-Shéva montreraient que la consommation de produits à base de tomates diminue l’apparition de certains types de cancers dont celui du sein,
- enfin les travaux encore plus surprenants d’une jeune chercheuse de 25 ans, Natalya Kogan, ont permis de trouver un dérivé du cannabis qui a montré en laboratoire une efficacité réelle à stopper la croissance des cellules cancéreuses et à diminuer la taille des tumeurs.
Sur un plan plus général, le Professeur Amnon Peled de Hadassah vient de recevoir un prix de la Fondation américaine de lutte contre le cancer de la prostate pour ses travaux sur les cellules « déréglées » lors de l’évolution de cette tumeur. A Petah-Tikva le Professeur Yaron Niv a pour sa part mis en évidence un virus (le virus JC) qui, activé après plusieurs années de dormance, pourrait être impliqué dans l’apparition de tumeurs colorectales.
Mais on peut difficilement évoquer la recherche fondamentale israélienne sans saluer à nouveau les deux prix Nobel israéliens, les Professeurs Ciechanover et Hershko qui, avec leur collègue américain le Professeur Rose, ont étudié le polypeptide composé de 76 acides aminés : l’ubiquitine, assurant la destruction des protéines indésirables par les cellules ce qui leur permet de conserver leur équilibre métabolique. Comme l’ont souligné les officiels du Prix Nobel, leurs travaux conduiront certainement dans le futur au développement de médicaments en particulier contre les maladies dégénératives ou malignes.
Il apparaît donc qu’Israël est un lieu de choix pour les investisseurs intéressés par les biotechnologies. Ses sept universités, ses cinq collèges technologiques se spécialisant dans les Sciences de la Vie, ses dix instituts de recherche particulièrement concernés par les recherches sur la santé sont autant d’atouts. Israël est le premier pays au monde en nombre de publications scientifiques par habitant. On ne peut que lui souhaiter d’accéder au même rang pour les ventes de produits pharmaceutiques et biotechnologiques.
Fred ROTHENBERG
Docteur ès Sciences, IAE



















